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Le Nouvel Economiste : “Claude Bartolone : mon ami le tueur” (09/09/2005)

cb.JPGMieux vaut être de ses amis. Car il n’a peur de rien. Ni des audaces politiques, ni des jeux de rôle. Le sien, c’est celui du méchant. Un brillant contre-emploi, loin de sa chaleur méditerranéenne et de son empathie naturelle. Au pacte des loups, il a gagné la structuration intellectuelle et l’ambition nationale, offrant à Laurent Fabius la part de l’ombre doublée d’un joker populaire. Cette semaine, Le nouvel Economiste révèle un tempérament à « L’Hôtel », rue des Beaux-Arts. Paris VIe. Portrait d’un enfant de la République devenu un tacticien de la politique.
Par Gaël Tchakaloff.

Un aller simple pour le paradis. L’œil rieur, le regard charmeur, la gouaille de la rue, la chaleur affective, le profil amical. Ah ! Comme il est tentant d’oublier le reste. L’homme de l’ombre, le congrès de Rennes, les saillies verbales et l’avenir de l’Europe. Bien. Il exerce un métier pourtant commun. Il a accepté le second rôle d’un scénario politique. Il a choisi son héros. Il ne le quitte plus. Il est devenu sa doublure réfléchie. Indispensable pour les cascades et les fusillades. Nécessaire pour la poursuite des fugitifs. Utile dans l’application des stratégies secrètes. Sa mission lui donne le droit de caricaturer son discours, tandis que Laurent Fabius, dans le même temps, modère le sien. Entre eux, la répartition des tâches se déroule comme du papier à musique. Car ils se connaissent depuis longtemps. L’un cérébral, posé, rationnel. L’autre instinctif, excessif, opérationnel.

Lentement, Claude a gravi tous les échelons du Parti pour devenir le bras armé rêvé d’un responsable politique national. Il maîtrise les labyrinthes de la structure partisane. Il en a même parfois dressé les plans lui-même. Car il n’est pas né de la dernière pluie. Il a validé les règles du jeu parce qu’il connaît les lots à l’arrivée. Bien sûr, il défend celui auquel il croit pour la France. Bien sûr, il n’a jamais renié ses convictions profondes. Pourtant, l’alliance des contraires comporte parfois le risque d’une perte identitaire.

La caution du peuple

Le prolétariat prend parfois le pouvoir sans révolution. Voilà la meilleure. L’homme de Laurent Fabius, celui qui le soutient dans l’ombre, vient de la « France d’en bas ». Tout les oppose. Les origines, l’éducation, le tempérament. Et pourtant, le ciment qui les unit ne s’est jamais fissuré. C’est beau, deux hommes qui se retrouvent sur les idées. Cela pourrait donner envie de croire en l’idéal politique. Et c’est le cas de Claude. Lui, il n’avait pas le choix. La détermination ou la résignation. La lutte pour l’égalité ou l’acceptation des inégalités. Car son enfance ressemble à un film d’Alexandre Arcady. La famille, la vraie, d’un côté sicilienne, de l’autre, maltaise. La fuite du fascisme. Le noyau familial implanté en Tunisie. Le père, employé dans un domaine viticole. Puis la réforme agraire de Bourguiba et la recherche d’un pays d’accueil. Au hasard, la France. La vie n’est plus la même. Un deux-pièces, au Pré-Saint-Gervais. Loin des chais, le père travaille aux Halles, la nuit. Les trois enfants ne doivent pas faire de bruit dans l’appartement. S’ennuyer, travailler ou lire. Voilà qui fabrique un bon élève, condamné aux activités silencieuses. Sauvé par la République, il découvre sa conscience politique.

Il a le droit d’aller au lycée Turgot, tandis que ses camarades sont livrés aux orientations professionnelles. Pourquoi lui, plus qu’un autre ? Parce qu’il n’a pas de réponse, il vote pour François Mitterrand en 1974 et colle des affiches pour le soutenir. Plus qu’une conscience politique, il a une conscience de lutte pour l’égalité. A cette époque, il n’a pas encore de carte de parti. Il milite inconsciemment. Ses premières convictions relèvent davantage de l’inné que de l’acquis.

Muni d’un bac couronné par une mention bien, il part pour l’université Jussieu, choisissant les mathématiques et la physique pour suivre la poignée d’amis qu’il a rencontrée chez les scouts. Au hasard des rencontres, cela le conduira dans l’industrie pharmaceutique. Mais pas pour longtemps. Deux ans. Avant d’être aspiré par la vie politique.

Le pacte bourgeois

Le Parti socialiste n’est pas à l’abri des calculs de profit. Car l’histoire de Claude Bartolone et de Laurent Fabius pourrait s’assimiler à un « échange marchandise ». « J’ai peut-être amplifié le besoin de justice et d’égalité de Laurent Fabius. de son côté, il m’a beaucoup apporté en terme de structuration intellectuelle. Il m’a empêché de rester le chien fou que j’étais. » Voilà pour l’un. Et le second ne cache pas ses choix : « Claude sent parfaitement ce que souhaite la population.

Il a une intuition et un vécu de ce que ressentent les gens. Il est un équipier très précieux parce qu’il interdit la coupure entre les dirigeants et la population. » Oui, cette coupure, il ne peut pas l’accepter car il prendrait le risque de se renier au passage. Il a gravi l’échelle politique, pas à pas. Il a gagné et fédéré, progressivement. Depuis qu’il a pris sa carte du Parti, en 1974, il a su tisser les alliances gagnantes.

D’abord avec Marcel Debarge, un proche de François Mitterrand, qui devient maire du Pré-Saint-Gervais, en partie grâce à lui, en 1977. Il lui apporte le soutien des adhérents locaux puis devient l’un de ses adjoints. Deux ans plus tard, à 28 ans, Claude Bartolone entre au conseil général. François Mitterrand l’a déjà remarqué. Un jour de 1978, alors qu’il déjeune dans un restaurant du Pré-Saint-Gervais assailli par des manifestants communistes, Claude organise la renverse de la foule avec succès. Le futur Président ne l’oubliera pas. Il s’engage alors à le soutenir dans un meeting, s’il le faut. Cette rencontre motive en partie sa volonté de se présenter aux élections cantonales de 1979.

Député en 1981, membre du conseil municipal des Lilas, vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis, adjoint au maire puis maire de sa ville, ministre délégué à la Ville… Il est le champion des courses de fond. Et le roi de l’intuition. Son coup de foudre pour Laurent Fabius remonte à 25 ans. Il l’a entendu présenter un exposé durant un stage de formation sur la gestion du pays. Il ne s’en est pas remis : « En ressortant, on avait tous l’impression d’être intelligents ». Ce sera lui, son cheval de bataille. Il le sait. Il l’a décidé.

Dès 1984, les deux hommes se rencontrent personnellement et Claude se dévoile : « Ton problème, c’est que tu as poussé par les feuilles et tu n’as pas de racines au niveau du Parti », lance-t-il au Premier ministre. Parfait. Laurent Fabius lui demande d’y remédier. Alors ? Conviction, admiration, ambition ? Quel sacré mélange a donc poussé Claude à s’engager si durablement aux côtés du dauphin de Mitterrand ?

L’ambition capitalisée

L’alliance du capital et du travail est encore meilleure lorsqu’elle sert l’ambition. Au départ, le choix de Claude répond à un idéal : « Laurent Fabius est l’un des rares à créer cette osmose entre la modernité, l’ouverture du monde, la nécessité absolue de maîtriser l’économie et la souffrance sociale, qu’il comprend par son ancrage en Seine-Maritime. Je l’ai choisi. Je ne supportais plus que les socialistes ne sachent pas faire la synthèse entre le capital et le travail. » Claude savait que son chemin local ne lui permettrait pas d’agir autant qu’il le souhaitait sur l’avenir du Parti et de la France. Il a parié sur une stature nationale. Mais il ne sait pas encore s’il gagnera.

Le duo se retrouve sur le terrain des objectifs, des exigences… ou sur celui des ambitions. Désormais, Claude n’hésite pas à rattacher leur prise de position « noniste » à Maastricht : « Nous étions pour le non depuis cette époque. Nous ne pouvions pas continuer dans la construction de l’Europe anglo-saxonne. Nous n’avions jamais eu la discussion sur l’Europe sociale et sur l’Europe sociale démocrate ». Mais les grands destins sont parfois contredits.

Car Claude a grignoté son image en légitimant son couple politique. En remportant le casting du second rôle, il a par là même accepté d’endosser des habits qui ne lui correspondent pas toujours. Oui, il sait faire peur. Et tuer par les mots. Oui, il est devenu un officier. Mais cela ne le sert pas forcément : « Depuis le congrès de Rennes, je me suis retrouvé avec une étiquette de méchant qui ne correspond pas du tout à ma personnalité. J’étais le plus jeune et j’avais un certain talent pour remplir ce rôle. Désormais, non seulement je l’accepte, mais j’en joue. » Il anime, assassine, réanime et fédère autour de son élu. Il sait que cela ne fonctionnera pas forcément. Peu importe.

Aujourd’hui, Laurent Fabius est devenu son ami, au-delà des contingences politiques. Chaque année, ils partagent deux jours de vacances communs. L’ancien Premier ministre lui rend naturellement son amitié : « Claude Bartolone est un ami. Il est très affectif, intelligent et fidèle. C’est un homme de jovialité et de passion. » Parfait. Mais Claude a peut-être perdu un peu de son enthousiasme en allant au front : « Avec le recul, je m’aperçois que cela m’a beaucoup plus coûté d’être aussi proche de Laurent Fabius que cela m’a apporté. » Bon. Et s’il n’est pas le candidat retenu par le PS pour les prochaines élections présidentielles ? Sa réponse donne des frissons : « Si nous ne sommes pas entendus, je ferai la campagne de celui qui sera désigné ». La politique l’emporterait donc sur l’affect.

Signes

. Ses lieux
Les Cyclades, pour y faire de la voile.
La propriété de Claude Berda à Salbris, pour les week-ends.
. Fan de
Jules Verne, Victor Hugo, Charles Baudelaire, François Mitterrand, Marcel Debarge.
. Sa situation familiale
Divorcé, deux enfants.
. Ses mandats actuels
Député de la Seine-Saint-Denis.
Adjoint au maire du Pré-Saint-Gervais.
. Ses dates
1968 : « Ma prise de conscience de l’inégalité sociale. »
1981 : « Nos rêves les plus fous devenaient réalité. »
1989 : « L’entrée dans un siècle nouveau à la suite de la chute du mur de Berlin. »
. Son épitaphe
« Il a été heureux et utile. »
. Son signe zodiacal
Lion, 29 juillet 1951.