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Sécurité : la gauche doit se préparer

Vous trouverez ci-dessous la tribune que j’ai publiée dans le quotidien du soir:

Présider le département de la Seine-Saint-Denis, littéralement assis sur un baril de poudre, nécessite de parer à deux écueils. Celui de la nostalgie conservatrice, qui voudrait fermer les yeux et stopper le chronomètre de la modernité. Celui aussi de l’accompagnement d’une politique nationale qui refuse à ce département – le plus jeune et le plus pauvre de la République – une alternative à la condamnation à perpétuité aux colonnes des faits divers.

Ce qui est vrai pour la Seine-Saint-Denis aujourd’hui sera vrai pour la France demain. D’où l’urgence d’une réflexion profonde sur l’avenir de notre politique de sécurité publique.

Le consensus politique existe sur la finalité : l’ordre républicain doit être rétabli à tout endroit du territoire. En revanche, jamais le clivage n’a été aussi dur quant au chemin à emprunter pour y parvenir.

La droite a échoué. L’inquiétude des Français est grande, le malaise des forces de l’ordre et des magistrats évident et les chiffres mauvais. Entre 2004 et 2009, les atteintes à l’intégrité physique ont augmenté de 16,3%. En dissimulant derrière des mesures inadéquates – notamment la vidéosurveillance – la réduction dogmatique du nombre de fonctionnaires des services de sécurité, le gouvernement a organisé les conditions de son propre échec. Pire, la poursuite de cette politique du vide renferme une sombre promesse : la situation va s’aggraver dans les deux ans qui viennent.

La gauche doit à présent se préparer. En 2012, elle devra être capable de proposer aux Français un autre modèle susceptible de produire des résultats tangibles. Pour cela, nous devrons à la fois comprendre, réparer et intervenir.

Comprendre. La société française n’est pas confrontée à une délinquance à laquelle il faudrait apporter une réponse uniforme, mais à des délinquances. D’un côté, la délinquance du quotidien, faite d’incivilités et de violences gratuites, conférant un caractère de permanence à l’insécurité. De l’autre, la délinquance organisée s’illustrant par le grand banditisme et le trafic de stupéfiants, et qui est parvenue à édifier une véritable économie parallèle, instaurant un semblant de tranquillité tout en tenant des quartiers entiers par l’argent sale et la peur.

La compréhension des délinquances appelle de la part de la force publique des stratégies différenciées. La présence d’une police du quotidien doit réinstaller la confiance et la dissuasion. C’est ce que j’appelle de la médecine douce. Mais c’est un véritable « remède de cheval » qu’il convient d’administrer à la délinquance organisée. Il faut maintenant avoir le courage de casser les organisations économiques souterraines qui se sont constituées. Concomitamment, le service public doit réinvestir ces quartiers pour amortir le choc social que représentera la disparition de ces ressources invisibles et indicibles pour des milliers de familles qui en vivent souvent sans le savoir.

Réparer, ensuite. La politique de sécurité du gouvernement est en panne. Elle se distingue par la fuite et l’anarchie. La fuite, c’est cette tentation de l’Etat de se désengager d’un certain nombre de missions de police. S’il devait s’achever, ce repli serait mortifère. On se dirigerait vers une organisation dans laquelle l’Etat traiterait la grande criminalité et le maintien de l’ordre, tandis que les collectivités locales seraient sommées d’assurer la police du quotidien. Voilà une nouvelle promesse d’inégalités territoriales. L’anarchie, c’est celle que l’Etat inflige à l’organisation de nos forces de sécurité. Elle consiste à demander à nos gardiens de la paix de rétablir l’ordre et à nos forces mobiles de « garder la paix ». On connait les conséquences de cette confusion des genres dans la dégradation des rapports entre la police et la population.

Face à la fuite, la gauche doit réaffirmer que la sécurité est au cœur des missions régaliennes de l’Etat. Face à l’anarchie, elle doit promouvoir une nouvelle doctrine d’emploi des forces de l’ordre. Qu’est-ce que cela signifie ? Premièrement, une police ancrée dans son territoire, visible dans les rues. Cela suppose de fidéliser les fonctionnaires de police sur leur territoire d’intervention. Deuxièmement, une police d’investigation que l’on dote enfin des moyens d’assumer ses fonctions. Troisièmement, une police d’intervention aguerrie aux opérations de maintien de l’ordre.

Enfin, intervenir. On peut attraper le sujet par tous les bouts, mais jamais on ne fera mieux de police avec moins de policiers. La gauche devra poser le débat du nombre de fonctionnaires de police et de gendarmerie en France. Sa première action devra être d’annuler la catastrophique « RGPP » qui débouchera à horizon 2011, non seulement sur la suppression de 4829 policiers et 3500 gendarmes, mais en plus sur la création de missions supplémentaires.

Au-delà, un plan de rattrapage sera nécessaire pour que les territoires populaires renouent avec la présence des forces de l’ordre. Et pas seulement en milieu urbain. L’épouvantail de la banlieue ne doit pas être cet arbre qui cache la forêt d’un service public de la sécurité abandonné, y compris en zone rurale et périurbaine. Cela devra aller de pair avec l’affectation de personnels expérimentés sur les territoires les plus sensibles.

La droite a échoué en matière de sécurité publique. La nature ayant horreur du vide, le risque est grand que demain, cet immense besoin social soit pris en charge autrement. On serait en droit alors de craindre le pire, jusqu’à des initiatives privées qui anéantiraient toute idée d’égalité républicaine face à la sécurité.

La gauche a une immense responsabilité. Elle doit refuser d’emprunter les mots et de mimer les gestes de la droite parce qu’ils portent le sceau de l’échec. Elle doit surtout convaincre les Français qu’entre angélisme et sécuritarisme, il y a une place pour une grande politique de sécurité publique assise sur un projet global où sûreté rime avec éducation et justice. Ce projet doit constituer un nouveau marqueur de la gauche.

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