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Dans Liberation: une semaine avec le Président de l'Assemblée nationale

Nous vous proposons de retrouver ci-dessous le reportage du quotidien Libération sur la première semaine de Claude Bartolone à la présidence de l’Assemblée nationale.

Le reportage complet:

Durant une semaine, Libération a suivi, en coulisses, les premiers pas du président de l’Assemblée.

Dorénavant, les gens le reconnaissent dans le métro.

Il a pu s’en apercevoir un matin quand il a quitté place de la République, à Paris, sa voiture officielle coincée dans les embouteillages pour continuer son chemin, des Lilas (Seine-Saint-Denis), où il habite, jusqu’au Palais-Bourbon. Dans son département, dont il est encore pour un mois le président du conseil général, les gens l’interpellent. «Ils sont fiers. C’est dire l’attente, le besoin de reconnaissance.»

Aujourd’hui, à 15 heures, Claude Bartolone, 60 ans, s’installera dans son fauteuil de président de l’Assemblée nationale.Depuis le perchoir, «l’enfant de Tunis», comme il se présente, devenu quatrième personnage de l’Etat déclarera ouverte la session extraordinaire de la XIVe législature, qui débutera par une minute de silence en mémoire d’Olivier Ferrand, député socialiste des Bouches-du-Rhône, décédé ce week-end à 42 ans. «Je sais qu’ils vont regarder tout de suite mon attitude comme président de séance, dit-il. J’ai déjà connu uneAssemblée qui secoue, qui remue, il faudra trouver le ton juste sans être un surveillant général.»

Place 40 dans l’hémicycle, Claude Bartolone devise aimablement avec François Baroin, un voisin inhabituel. Les députés, assis selon l’ordre alphabétique, vont désigner leur président. Les regards sont respectueux.

«Ses mains tremblaient, je ne l’avais jamais vu aussi sérieux», racontera, plus tard, une députée PS assise deux rangs derrière lui.

Avant de venir dans l’hémicycle, Claude Bartolone a changé de costume, il a avalé un sandwich et un Coca Light. Il a répété une dizaine de fois son discours. «Ce n’était jamais la bonne, confie Laurent Doraï, 34 ans, son directeur de cabinet adjoint. La dernière, il la plante, il accroche les mots. Je ne lui dis pas. A l’Assemblée, il déroule, le discours, il l’a dans le bide.»

Claude Bartolone, élu avec 298 voix contre 185 à Bernard Accoyer, s’y peint en «fils de prolétaire», «né de père italien et de mère maltaise», que «rien ne destinait à s’élever»…«Rien sauf la République, ses valeurs, son école.» Il promet de faire de l’Assemblée nationale, «transparente, exemplaire, irréprochable […] féminisée, renouvelée, diversifiée» «une maison de verre», le coeur battant de la démocratie.Dans les tribunes, sa femme, sa fille, son oncle Michel, curé dans les Pyrénées-Orientales, ses beaux-enfants. Il y a aussi des collaborateurs de Seine-Saint-Denis, «mes complices amicaux et politiques». Il en a fait venir une poignée pour travailler avec lui. «Il donne sa chance, et après il est très affectif, un peu chef de bande» dit Laurent Doraï, l’un d’eux, à ses côtés depuis douze ans.

Dans sa garde rapprochée, pas d’énarques ou de normaliens, de X-Ponts. Il a voulu un cabinet politique «un peu familial, composé de personnes dont il ne peut douter».

17h30. Les premiers invités arrivent pour un cocktail à l’hôtel de Lassay. Les journalistes ne sont pas conviés. Au même moment, Claude Bartolone et Bernard Accoyer, son prédécesseur, sont dans le bureau du président, au deuxième étage. Chacun sur un canapé. Les jambes jointes.

L’un affable, l’autre en retenue, ils parlent avec courtoisie de l’emplacement des meubles, de la vue… Puis la porte se ferme. Les disques durs ont été emportés par l’équipe précédente. Il n’y a pas le wi-fi.«Quand j’ai vu ça, j’ai failli partir», dit le nouveau président, en quête de connexions.

12 heures. Au premier sous-sol, dans le studio de la Chaîne parlementaire (LCP). Claude Bartolone doit enregistrer Questions d’Info. On lui donne du «monsieur le président», il en sourit. Cela ne le fait pas sursauter. «J’en ai l’habitude, avec le conseil général, même si la musique est différente», glissera-t-il, plus tard. Comment se sent-il? demandent ses intervieweurs pendant qu’il se fait maquiller. «Plutôt bien». C’est un euphémisme. Il raconte son élection, la veille : «C’était vraiment impressionnant. Après le discours, ouf…» Il est encore sur un petit nuage.

En studio, il désamorce un début de crise entre les écologistes et les socialistes. Dit qu’il n’y a «pas caporalisation», que la «majorité n’est pas au sifflet». Il glisse : «Je veux discuter avec les groupes. Je ne suis pas un président de droit divin.» En régie, Laurent Doraï, son directeur de cabinet adjoint, approuve. «Voilà.» Deux minutes plus tard, il répète l’expression visiblement préparée: «Enfin», souffle son collaborateur.

«Barto», comme tout le monde l’appelle, le fixe et lui décroche un petit sourire. Un journaliste le critique, car il passe pour «eurosceptique», non, reprend-il : «euroréaliste». Il est rompu à ça, il aime ça. «Il est drôle», savoure son attachée de presse. L’émission est finie, les micros n’enregistrent plus, il continue à parler de Merkel et de la crise de l’Europe. Ou de PSA dont le site à Aulnay, sur son territoire, est menacé de fermeture.

13 heures. Devant le tapis rouge du perron de l’hôtel de Lassay, il s’arrête. «C’est la vue que j’avais, quand j’étais député en 1993. Mon bureau était là, il donnait sur Lassay.» A l’époque, impossible de savoir qu’il aurait l’occasion d’en fouler le sol avec des souliers de président. «C’est quand j’ai compris que La Rochelle, ça pouvait mal finir, que Ségolène n’allait pas s’en sortir, que je me suis dit: “Je vais être candidat.”

JEUDI : «TOUT SE COMPLIQUE AVEC SIX GROUPES» 11h40. Il surgit du salon des Jeux, gardé par un huissier, où se tenait la réunion avec les présidents de groupe pour décider de la répartition des places dans l’hémicycle. Et cela n’a rien d’anecdotique. «Qu’est ce que c’était long», souffle-t-il, en regagnant son étage. Plus de deux heures trente de palabres. «C’est le tracé des frontières. Et tout se complique avec six groupes.»

«Il y a des emplacements stratégiques: il faut être près du micro, dans le viseur des télés.» Député depuis trente ans, Bartolone connaît lui aussi ses «enjeux d’exposition». Et En résumé : Bruno Le Roux ne voulait pas que le groupe socialiste soit divisé, les verts et les radicaux voulaient être traités de manière identique, les communistes souhaitaient siéger là où ils en ont l’habitude. Et personne n’entend être trop en haut. «On a eu une bataille homérique pour les sièges, 308-309, un petit bout du camembert», retrace-t-il. Claude Bartolone a pris le temps. A dessein. «C’était une épreuve initiatique.» Une manière de prouver qu’il respecte et respectera l’opposition et les groupes de gauche. «Je montre une disponibilité, cela établit une confiance. Il n’y a pas de petits sujets.»

12h30. Dans son bureau, il a demandé un café, qu’il aime presque froid. Il prépare la venue d’Aung San Suu Kyi. Il se lève face à son équipe: «Je vais lui dire que cela fait vingt-quatre ans que nous l’attendons.» Un collaborateur lui glisse un petit pense-bête pour bien prononcer les noms des officiels birmans ou dire quelques mots de politesse. Il regarde le papier et balance: «On se calme.Ça ne va pas le faire, là.» Puis il parcourt les trois pages préparées pour la rencontre, dit «OK». Puis: «Tu te rends compte qu’elle a appris le français avec des cassettes?»

Il sort son téléphone de sa poche. C’est un nouveau portable. Lui qui n’avait pas changé de numéro depuis des années a dû le confier à une collaboratrice, pour trier l’avalanche de mails et de SMS, et filtrer les appels trop nombreux. Au bout du fil, c’est sa fille. «Ma fille, est ce que je peux te rappeler?» lui demande-t-il, en pater familias. Puis: «Non, je n’ai pas pris la grosse tête !» Sur son bureau, le trombinoscope des députés avec les 234 visages des nouveaux élus, qu’il doit mémoriser. Il sort de la pièce. Il a finalement oublié de boire son café.

«NE M’ENFERMEZ PAS ICI, JE VEUX SORTIR»

14h45. En compagnie d’Aung San Suu Kyi, avec qui il a partagé écrasé d’araignée, cailles façon ortolan et fraisier, il fait le tour du propriétaire. Rentre dans l’hémicycle, vide, dans la bibliothèque où sont exposés les manuscrits de Jean-Jacques Rousseau, présente aussi le personnel de la poste, qui se tordait le cou pour apercevoir la Prix Nobel de la paix. Il pose dans le jardin avec des parlementaires, s’attarde. Il parle peu. Pour une fois. Tout d’un coup, ce rusé, rompu aux manoeuvres d’appareil, ce malin «pas du genre à se faire balader» a l’air impressionné.

A 15h20, Bartolone fait la revue des troupes dans la cour du palais. Désuet? Protocolaire? «Il faut être capable de faire la différence entre l’apparat et ce qui peut être utile. Là c’est la preuve de la soumission du pouvoir militaire au pouvoir politique, ça compte, dans le rite républicain», estime-t-il. D’autres habitudes seront révisées. Son indemnité de fonction, par exemple, sera baissée de 30%. Il ne déménagera pas. En élu local qui a toujours gardé les mains dans le cambouis, Claude Bartolone a également dit à son cabinet: «Ne m’enfermez pas ici, je veux sortir, si on n’est pas vigilant, c’est un piège.»

Vers 17 heures, dans son bureau de président, Claude Bartolone n’arrive pas à se prendre pour un notable. «En 1977, le PS est venu me chercher pour les élections, j’ai refusé. Je venais de décrocher un travail, mon père travaillait auxHalles, à Paris, et là je venais de trouver un début de confort, je ne comptais plus les francs. J’ai dit non.» Adjoint au maire, il est élu aux cantonales en 1979 puis député en 1981. Depuis, il a toujours été élu et réélu dans le département qui l’a vu débarquer, au Pré-Saint-Gervais, à l’âge de 9 ans.

LUNDI : «ZÉBULON» VEUT SE CALMER

Calé sur son canapé, Claude Bartolone le volubile dit qu’il doit «calmer son côté Zébulon». Il passe moins d’un bureau à un autre, comme il en a l’habitude, «pour être en conformité avec ce que le personnel attend ici». Il raconte bien volontiers comment François Hollande l’a félicité de sa désignation. «On était en tête à tête dans le bureau de Mitterrand, c’est pas mal. Il m’a dit : “Tu penses que nos enfants auraient pu imaginer une scène comme ça?” J’ai répondu: “Ni mes enfants, ni moi.”»

 

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