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Interview dans l'Express

Droit de vote des étrangers, proportionnelle, train de vie de l’Assemblée… Le président de l’Assemblée nationale détaille sa vision du quinquennat. Et revient sur ses origines, lui, le fils d’immigrés, gamin de la Seine-Saint-Denis, devenu quatrième personnage de l’Etat. Son raid éclair pour décrocher la présidence de l’Assemblée nationale, dès la chute de Ségolène Royal, a déjoué tous les pronostics. (Voir l’interview sur le site de l’Express)

« Rien ne me destinait à m’élever. Rien, sauf la République, ses valeurs, son école, qui sont les seuls à pouvoir donner à des parents aimants la force de contrarier les mauvais destins. » Ces mots, ce sont les vôtres, dans votre discours d’investiture: qu’avez-vous failli devenir, Claude Bartolone?

Un mauvais destin, c’est un destin subi. J’ai failli devenir garagiste. Mes parents, originaires de Tunisie, ne connaissaient ni les codes ni les rouages de la société française, ils n’avaient aucune idée de ce que pouvait être l’orientation scolaire: un cousin de mon père était garagiste, je me préparais à suivre un CAP de garagiste. Et puis un jour, mon professeur de français du collège du Pré-Saint-Gervais, Mme Thoullieux, a pris la peine d’expliquer à mes parents que je devais poursuivre mes études, qu’il fallait me permettre d’entrer au lycée.

Le simple fait d’être convoqués par un professeur était déjà un événement pour mon père et ma mère, d’origine prolétaire. Nous habitions à cinq dans un deux pièces, au 32 de la rue d’Estienne- d’Orves. Mon père travaillait de nuit, il déchargeait des camions aux Halles de Paris. Donc, dans la journée, il était hors de question de faire du bruit à la maison, c’est ce qui m’a sauvé: comme mes parents ne voulaient pas nous voir traîner dans les rues, je me suis réfugié dans la lecture.

Loin de moi toute volonté de tomber dans le misérabilisme, mais il est vrai que mes études ont été un sacrifice financier pour ma famille – ma soeur, qui avait dix ans de plus que moi, a dû chercher du travail dès notre arrivée en France.

Compte tenu de votre histoire, votre élection à la présidence de l’Assemblée était-elle plus improbable que celle de François Hollande à la présidence de la République ?

Presque aussi improbables l’une que l’autre ! Pour vous répondre plus sérieusement, compte tenu de mon parcours de parlementaire, réélu sans interruption depuis trente et un ans, il était plus facile de prévoir mon élection que la sienne…

Quelle est la première personne à vous avoir félicité?

Le président de la République! « Tu laisses tout et tu viens me voir », m’a-t-il dit. Notre rencontre, à l’Elysée, restera sans doute l’un des moments les plus forts de mon existence: d’un seul coup, je me suis retrouvé avec François Hollande dans le bureau qui avait été celui de François Mitterrand, l’homme pour lequel je me suis engagé en politique.

Laurent Fabius, dont vous avez été l’un des plus proches collaborateurs pendant vingt ans, avant une rupture affective et professionnelle brutale en 2009, vous a-t-il appelé?

Le premier message sur mon téléphone portable était un message de Laurent Fabius. Il me faisait part de sa joie, sincère, plaisantant même sur ma bonne connaissance des lieux – après toutes ces années, je ne risquais pas de m’y perdre! La vie s’écrit avec des pleins et des déliés, par moments tout se joue sur une opportunité qu’il faut savoir saisir. Je ne regrette rien.

Quel président de l’Assemblée nationale serez-vous?

Je veux être le président d’une Assemblée pivot…

Je veux renforcer ce que doit être l’Assemblée dans une république parlementaire: le coeur battant de la démocratie. Montrer aux Français que la loi, la règle commune s’élabore, se discute et s’évalue ici. Je veux être le président d’une Assemblée pivot, qui ne soit ni godillot ni rebelle. Nous ne sommes pas là simplement pour ratifier les textes présentés par le gouvernement, mais il ne s’agit pas non plus de se démarquer chaque fois pour exister!

En Mai 68, les manifestants sont passés devant le Palais-Bourbon sans même s’y arrêter: c’était pour moi le pire des signaux. Je souhaite que ce soit aujourd’hui le lieu du débat, pas celui de la protestation. Je serai loyal mais libre. Je m’efforcerai aussi d’être un président impartial qui a suffisamment de force et de caractère pour protéger également les droits de l’opposition.

Quelles sont vos priorités?

Dans la situation historique qui est la nôtre, avec un Parlement à gauche, nous avons une responsabilité particulière. Mon premier chantier sera orienté vers l’exemplarité du Palais-Bourbon, que je préside. Pour donner force à la loi, il faut donner crédibilité au législateur. C’est pourquoi j’ai dit ma volonté de faire de l’Assemblée une « maison de verre ».

L’exemple doit venir d’en haut: j’ai déjà annoncé la baisse de 30% de mon indemnité. Ce n’est pas qu’un acte symbolique: avec Jean-Pierre Bel, nous avons entamé une réflexion sur les moyens d’améliorer le fonctionnement du Parlement, en termes de contrôle et de gestion. La meilleure façon de lutter contre l’antiparlementarisme, c’est de montrer que l’institution est transparente et qu’elle est utile.

Allez-vous demander aux députés de réduire, eux aussi, leur indemnité?

Non, je ne suis pas un président de droit divin. En baissant ma propre indemnité, je donne une orientation. Je souhaite maintenant que cela s’inscrive dans une discussion globale sur le statut, la rémunération et les moyens des élus en temps de crise. Je vais donc engager une concertation et j’ai bon espoir d’aboutir à un consensus politique.

Dans une société où des disparités fortes existent entre les moyens mis à la disposition des présidents des collectivités locales, des maires et des députés, il est nécessaire de préciser le statut des parlementaires. Je souhaite par ailleurs améliorer l’évaluation des lois, car il y a parfois un monde entre le texte voté et les décrets d’application. Or ils ont des conséquences sur la vie des Français.

Depuis la révision de la Constitution, en 2008, le président peut désormais s’exprimer devant le Parlement. L’attendez- vous de François Hollande? Et à quelle occasion?

Le président de la République n’est pas obligé de se déplacer physiquement; il peut communiquer une adresse en direction du Parlement, c’est-à-dire un texte lu par le président de l’Assemblée. S’il devait s’exprimer au cours de la session extraordinaire, ce qui ne me paraîtrait pas inutile, il pourrait le faire sous cette forme. Mais je n’en ai pas parlé avec lui.

Sur 577 députés, combien, en 2017, doivent être élus au scrutin proportionnel ?

Une centaine, soit environ 20 %. Ce serait souhaitable. En tout cas, je ne suis pas favorable à ce que l’on modifie le nombre d’élus.

Faut-il modifier la règle des 500 parrainages d’élus pour pouvoir se présenter à la présidentielle?

Il est très difficile de constater que des partis politiques peuvent obtenir plus de 5 % des voix à l’élection présidentielle et courir le risque de n’avoir pas de candidat la fois suivante. Il va falloir en tenir compte, sans pour autant permettre à n’importe quel candidat de se présenter. Je pense qu’une présentation par un certain nombre de citoyens pourrait venir compléter le système actuel.

Le non-cumul des mandats, auquel François Hollande s’est converti, doit-il être appliqué dès septembre 2012 ou en 2014?

La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a eu le courage de montrer la voie. Interrogeons-nous à présent sur la meilleure façon de réussir cette grande avancée sans s’autosaborder d’ici le prochain scrutin. Pour ma part, je ferai en sorte de lancer une concertation avec tous les groupes parlementaires afin de parvenir au consensus le plus large, le mieux étant d’aboutir à une loi qui s’appliquerait à tous les parlementaires pour les élections municipales de 2014.

Etes-vous favorable à un référendum sur le droit de vote des étrangers aux élections locales?

Un référendum est nécessaire, parce que nous n’avons pas les trois cinquièmes des voix au Sénat et à l’Assemblée pour inscrire ce droit dans la Constitution. Mais je ne souhaite pas qu’il soit organisé dans n’importe quelles circonstances. La société française est mieux préparée qu’avant à cette évolution, cependant, évitons de nouveaux heurts, ne jetons pas de nouveau deux blocs l’un contre l’autre, alors que les enjeux économiques et sociaux nécessitent que le pays soit rassemblé. Le référendum doit arriver à un moment de maturité, pour que le « oui » ait une chance sérieuse de l’emporter. Qu’il ne puisse pas être dit que nous avons lancé un référendum sans préparation.

Les députés socialistes vont-ils ratifier sans grogner le traité budgétaire européen adopté le 29 juin?

Il y a toujours un débat entre nous quand il est question de l’Europe.

Il y a toujours un débat entre nous quand il est question de l’Europe. J’aurais du mal à le nier, moi qui ai voté « non » en 2005! Seulement, la situation est, depuis quelques jours, très différente. L’Europe, et non pas la France, l’Italie ou l’Espagne, a gagné. Elle vient de montrer qu’elle ne pouvait avoir pour seul message la rigueur. Chacun a pu se rendre compte que si l’on appliquait seulement cette méthode, cela entraînerait plus de difficultés qu’autre chose.

Un plan de relance de 120 milliards d’euros, une banque européenne d’investissement renforcée, des fonds structurels mobilisés, une politique de convergence en matière financière: ce qui a été décidé est un sacré pas en avant, surtout quand on se souvient des réticences des Allemands et des critiques d’une partie de la droite française pendant la présidentielle. Oui, la politique peut être utile.

La règle d’or, exigée par ce traité, sera-t-elle inscrite dans la Constitution ? Dans une loi organique ? Si oui, ne faudra-t-il pas une réforme de la Constitution pour permettre cette inscription ?

Je souhaite que le président de la République saisisse le Conseil constitutionnel pour qu’on sache ce qui doit être présenté au peuple français. Il faut continuer à aller de l’avant.

François Hollande doit-il recevoir, lors de ses consultations, les députés de tous bords, y compris du FN?

Recevoir un élu n’est pas lui donner quitus de sa politique. Nous ne partageons par les valeurs de l’extrême droite, mais le Front national siège à l’Assemblée: comme nous, ses élus sont là par la volonté du peuple. J’ajoute qu’à partir du moment où notre perspective est d’appliquer une dose de proportionnelle aux législatives, cela ne me choque pas que le chef de l’Etat reçoive tous les groupes ou tous les courants. De mon côté, je traiterai les députés d’extrême droite comme les autres.

Un mot, et un seul, pour qualifier… Christian Jacob, le président du groupe UMP?

Le terroir.

… Jean-Louis Borloo?

Centriste.

… Olivier Falorni, le « tombeur » de Ségolène Royal en Charente-Maritime?

Un problème…

… Marion Maréchal-Le Pen?

L’inattendue.

… Claude Bartolone?

La surprise.

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