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«Je veux être candidat là où personne ne veut aller.»

Par Sophie Huet Publié le 09/08/2012 dans Le Figaro.

Sa carrière débute en Seine-Saint-Denis, dans un restaurant du Pré-Saint-Gervais, Le Pouilly-Reuilly. Claude Bartolone, l’actuel président de l’Assemblée nationale, n’est alors que secrétaire de section PS au Pré-Saint-Gervais quand il rencontre François Mitterrand. Le premier secrétaire du PS vient deux fois par an déjeuner avec son ami le sénateur maire Marcel Debarge, dans ce restaurant aux allures provinciales. Un beau jour de 1978, Bartolone, alors responsable financier dans une entreprise pharmaceutique, est convié à leur table.

Dehors, le climat est houleux. Des ouvriers en grève de l’usine Guitel-Étienne, numéro deux mondial de la fabrication de roulettes de chariots, sont massés devant le restaurant. Bartolone sort et parvient à les calmer en leur promettant que Mitterrand viendra les voir à la fin du repas. «Vous auriez pu me prévenir», lui fait remarquer Mitterrand, avant d’acquiescer: «Nous irons.»

À la sortie, les manifestants sont plus nombreux et ont installé une sono. «Camarades, après s’être gobergé dans un restaurant de la grande bourgeoisie, Mitterrand vient parler devant nous», lance un responsable CGT Très embarrassé, Bartolone s’empare du micro et rétorque: «Hier, souvenez-vous que Georges Valbon, le président communiste du conseil général, déjeunait ici!» Mitterrand improvise un discours de raison sur la nécessité d’équilibrer les profits de l’entreprise tout en protégeant les salaires et se met à serrer des mains. «Le succès est incroyable», se souvient Bartolone. Avant de partir, Mitterrand l’interpelle: «Vous êtes un jeune homme. Si vous êtes candidat à une élection quelle qu’elle soit, je viendrai vous soutenir.» À 26 ans, ce fils d’ouvrier agricole, né à Tunis, voit sa vie basculer.

Aux cantonales de 1979, le PS doit choisir un candidat pour aller ferrailler dans un canton de droite, où le PCF arrive toujours en deuxième position. Sur le papier, le PS n’a aucune chance de gagner. Bartolone lève la main: «Je veux être candidat là où personne ne veut aller.» Son unique objectif, c’est que Mitterrand vienne faire un meeting au Pré-Saint-Gervais. Rendez-vous est pris pour le samedi 17 février 1979 à 15 heures, dans le préau de l’école primaire Jean-Jaurès. La date paraît mal choisie, puisque c’est le jour de France-Angleterre, dans le Tournoi des cinq nations.

Le jour J

Pendant trois semaines, Bartolone fait et refait son discours. Le jour J, il n’en croit pas ses yeux. Le préau est archicomble. Costume cravate, veste en veau retournée, Bartolone accueille Mitterrand, chaudement vêtu d’un manteau de laine, d’une écharpe nouée autour du cou, et de son éternel chapeau. Le numéro un socialiste parle sans note, de la «nécessaire reconquête» des départements pour remporter la présidentielle de 1981. Comme promis, il a un mot chaleureux pour le candidat: «Je suis venu aider Claude Bartolone car dès le premier jour où je l’ai rencontré, j’ai apprécié sa science des hommes et l’attention qu’il leur porte.» Les parents de Bartolone ont les larmes aux yeux. «Je ne me souviens pas du tout de ce que j’ai dit. Cela n’avait pas d’importance», se rappelle-t-il.

Bartolone improvise une campagne «à l’américaine», avec une estafette blanche, remplie de ballons pour les enfants et de tracts pour les parents. Les communistes, qui veulent le voir échouer, lui ont mis dans les pattes un candidat radical de gauche, un «radical coco» comme le surnomme l’équipe Bartolone. Au soir du premier tour, c’est l’allégresse. Bartolone arrive en tête de la gauche, qui totalise 55 %. Le PCF se désiste en sa faveur et au second tour, il reprend à la droite le canton des Lilas-Pré-Saint-Gervais avec 54 %. Un séisme politique dans le «9-3», où la citadelle communiste commence à s’effriter. Et le début d’une longue carrière parlementaire pour Claude Bartolone, qui déclarait, le 26 juin 2012, lors de son élection au perchoir: «Je dois tout à la République, et je veux lui rendre aujourd’hui ce qu’elle m’a donné.»

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