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Tempête dans un verre d'eau

confrontation.
nom féminin (latin médiéval confrontatio, -onis).
action de rapprocher des choses, de les comparer en les opposant.
(Dictionnaire Larousse)

Je suis toujours surpris par la faculté d’emballement, de panique même, qui peut quelquefois caractériser la vie politique française…

Tout récemment, le Président de la République prônait – à raison – la « tension amicale » avec Madame Merkel. Quelques jours plus tard, dans Le Monde, j’appelais l’exécutif à la « confrontation » avec la Chancelière allemande, pour faire vivre notre vision de la réorientation nécessaire de la construction européenne vers la croissance et l’emploi.

Que n’avais-je pas dit là…

De la « tension amicale » du Chef de l’Etat, à la « confrontation » du député Bartolone, soudain, un affolement, une agitation, une fièvre, s’emparèrent de quelques ministres éminents, de deux anciens Premiers ministres de droite, et même de personnes qui ne sont ni l’un ni l’autre. Tout cela me rappelant étrangement la brutalité des réactions de certains lorsqu’au mois de septembre, je qualifiais d’ « intenable » l’objectif des 3% dès 2013. Depuis lors, chacun s’en est remis…

Au-delà du côté un peu loufoque de cette convulsion, cela m’inspire plusieurs recommandations.

D’abord, le sang-froid. Que les ministres qui s’offusquent des positions émanant des parlementaires, se concentrent un peu moins sur le commentaire de celles-ci et un peu plus sur l’état d’avancement de leurs dossiers. Beaucoup reste à faire.

Et puis surtout, qu’ils s’y habituent. Les dernières années – notamment sous le quinquennat de Monsieur Sarkozy – ont pu faire oublier que la France est une démocratie parlementaire. Qu’il soit désormais permis aux élus du Peuple de parler sans pour autant faire tomber la foudre ou être considérés comme le syndicat de défense de je ne sais quel intérêt.

Ensuite, le courage. Le silence est surtout une façon de se rendre service à soi-même. Rarement aux idées que l’on défend. Encore moins aux hommes que l’on prétend soutenir.

Moi, je ne me tairai plus. Je m’en suis fait la promesse depuis un certain 21 avril 2002, où nos silences assourdissants et nos petites lâchetés ont fait payer aux Français le prix fort : dix ans de droite.

Plus que tout, je veux la réussite de ce quinquennat. Je crois que certaines décisions sont de nature à la rendre possible. Aussi, je parlerai. Avec la loyauté et la liberté qui sont les miennes.

Enfin, la combativité. L’Europe n’est pas une religion que l’on ne saurait amender sous peine de sacrilège. C’est un combat politique qu’il nous faut mener.

La peur, la frilosité, la langue de bois, ne sont pas bonnes conseillères. L’Europe procède d’une succession de compromis qui naissent de rapports de forces politiques en son sein. La France n’a pas de complexes à avoir. Elle ne doit pas avoir peur de ses idées et de sa capacité à les rendre majoritaires.

Ma foi, lorsque jadis nous confrontions nos options politiques à celles de Madame Thatcher – jusqu’à faire représenter la France à ses funérailles par une délégation de second rang – il ne me semble pas que nous déclarions la guerre à nos Amis anglais.

C’est pour cela que je ne confonds pas l’amitié franco-allemande avec la complicité politique que nous aurions avec Angela Merkel. Elle non plus, d’ailleurs. Lorsqu’elle soutenait publiquement le candidat Sarkozy contre François Hollande lors de la dernière élection présidentielle, personne ne l’accusait de mettre en péril l’amitié franco-allemande.

Alors qu’il soit permis de parler à celles et ceux qui veulent que l’Europe aille de l’avant.

Qu’il soit permis à Michel Rocard, Jacques Delors, Martin Schultz, Sigmar Gabriel et bien d’autres, de remettre en cause la politique menée par la droite allemande.

Qu’il soit permis à l’OCDE, au FMI et même à la Commission européenne de craindre que les choix de l’Allemagne ne précipitent toute l’Europe dans le mur.

Qu’il soit permis aux syndicats de salariés et au patronat allemands de continuer à appeler Madame Merkel à un changement de cap. Parce que celui-ci est vital pour renouer avec le progrès social, la compétitivité, la croissance, l’emploi et l’ambition écologique en Europe.

La France a raison d’avoir engagé, depuis un an, la lutte contre ses déficits et pour sa compétitivité. Quant à l’Allemagne, elle défend ce qu’elle croit être ses intérêts. C’est pourquoi une confrontation est nécessaire, ou plutôt, pour ne froisser aucune âme sensible, l’« action de rapprocher des choses, de les comparer en les opposant. »

Et s’il fallait conclure en laissant le dernier mot à un arbitre impartial, un esprit libre, reconnu tant à gauche qu’à droite, je cèderais volontiers la parole à Jacques Attali qui, le 8 avril dernier, écrivait ceci : « Nous ne pouvons en rester à la situation actuelle, où le bricolage de l’Europe ne tient que par le bon vouloir conjoint de M. Draghi et de Madame Merkel, l’un et l’autre mettant une pression chaque jour plus forte sur les autres gouvernements, accélérant le chômage et la récession, limitant leur souveraineté, en les autorisant, ou en leur refusant, un niveau de déficit. »

Attali a raison. Et rien de tout cela n’est de nature à provoquer une guerre. Pas même un incident diplomatique. Au pire, une tempête dans un verre d’eau… L’avenir de l’idéal et des peuples européens vaut bien cela.

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